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23.07.2024En renfort lors des inondations à Sierre, les pompiers de Crans-Montana forment une famille dynamique

«Je le dis haut et fort, et ça n’a rien d’une formule toute faite: les pompiers forment une grande famille!» Ceux qui ont vécu les inondations à la suite de la crue du Rhône le 29 juin dernier à Sierre ne contrediront pas David Vocat. Le commandant du Centre de Secours Incendie de Crans-Montana était au front, avec de nombreux sauveteurs venus de plusieurs endroits de Suisse romande. «À Sierre, raconte David Vocat, j’ai par exemple retrouvé Grégory Duc, commandant du SIS des Montagnes neuchâteloises: plusieurs corps de sapeurs-pompiers en aide spontanée étaient intervenus en été 2023 à la Chaux-de-Fonds lorsque la tempête avait ravagé la ville. Et cette fois, ce sont eux qui sont venus en Valais pour nous épauler.»


180 secouristes et l’armée engagés à Sierre

Au plus fort de l’action à Sierre, durant deux semaines, 180 secouristes se trouvaient en même temps sur le terrain, aidés des soldats du Bataillon Kata Hi Ber et du Génie 6. Ce déploiement a permis d’accomplir un immense travail pour sécuriser les zones touchées par la crue du fleuve. Et pour... sauver des vies! «Nous avions le plus grand besoin de tous, nous avons sans doute vécu là une des plus grandes opérations en termes de durée.»

Pour le CSI de Crans-Montana (qui couvre le territoire des trois communes du Haut-Plateau), apporter son aide aux voisins n’est pas une nouveauté: «Nous travaillons beaucoup avec Sierre et Anniviers. Il est fini l’esprit de clocher où chacun couvait son feu ou son torrent fou… Nous nous entraidons, et cela fonctionne dans les deux sens.» Au moment où tout le monde était à Sierre, une alarme rouge pour un départ de feu à Crans-Montana a vu des pompiers genevois monter jusque sur le Haut-Plateau. D’où qu’il soit, un soldat du feu sait ce qu’il doit faire…


«Ces gens ont tout perdu!»

Le jour de notre rencontre à la Maison du feu de la Moubra, Carole Ramseyer, cheffe matériel, arrivait justement de Sierre où elle avait été engagée comme responsable du secteur Sous-Géronde, fortement touché par la catastrophe. Elle était à la tête d’un groupe de 20 à 25 sapeurs-pompiers. «Ce qui m’a le plus impressionnée, confie-t-elle avec émotion, c’était le contact avec les sinistrés quand ils découvraient qu’ils avaient tout perdu…» Évacués durant la nuit, les habitants de ce quartier sierrois ne pourront en effet plus réintégrer leurs maisons, fragilisées par l’eau et le limon, endommagées par les matériaux et troncs que charriait le Rhône lorsqu’il est sorti de son lit, gonflé par les eaux de la Navizence et celles arrivant du Haut-Valais.


Composer avec un système de milice

Se rendre toute sirène hurlante dans une maison pour éteindre un incendie, se presser pour aller pomper de l’eau dans un sous-sol, partir au plus vite sur le lieu d’un accident pour une désincarcération… À chaque fois, le soldat du feu revient à la caserne dans les heures qui suivent l'intervention. Et il reprend le cours de sa vie. Jusqu’à la prochaine alarme. En effet, la grande majorité des pompiers sont des miliciens. Quand leur Pager sonne, ils quittent tout dans l’instant et filent porter secours, prenant parfois des risques pour sauver les autres (la vie de pompier n’est pas toujours facile). «On donne aussi beaucoup de temps pour la formation, ce qui empiète sur nos loisirs. Parfois, on interrompt ses vacances pour intervenir sur le terrain; ce fut mon cas lors des inondations à Sierre», confie Carole.

On imagine donc bien que composer des groupes parfaitement opérationnels avec des miliciens n’est pas facile, ce que confirme David Vocat. Le CSI de Crans-Montana compte trois sapeurs permanents. «Selon les années, on intervient 230 à 300 fois. Parfois une journée s’écoule sans alarme; parfois, elle sonne quatre ou cinq fois.» Justement, l’alarme retentit et Carole file à nouveau à Sierre avec une coéquipière pour prêter main-forte: un feu s’est déclaré et on a besoin d’elles. L’entretien se poursuit avec le commandant Vocat. «Il y a cinq ans, sur l’ensemble des communes de Crans-Montana, Icogne et Lens, nous étions 185. Aujourd’hui, nous sommes 84. Il est fini le temps où chaque village avait ses propres pompiers. La fusion des différents corps en 2013 a permis de concentrer les forces pour être plus efficace.»


Des employeurs généreux

Si les pompiers sont des passionnés, il faut reconnaître que la formation est exigeante, l’engagement est dur. Pour leurs patrons, dans la vie civile, cela demande tolérance et souplesse. «On ne remerciera jamais assez les employeurs pour les efforts qu’ils font pour libérer des secouristes», souligne David Vocat.

Permettre à des hommes et des femmes de quitter dans la minute leur travail et sauter dans les habits de pompier est une chose, les rendre disponibles sur plusieurs jours, voire semaines, en est une autre. Ce système de milice a d’ailleurs été mis à rude épreuve lors des interventions récentes à Sierre. «Pour mobiliser du personnel, explique le commandant Vocat, la difficulté ne se situe pas au moment où une alarme intervient. Là, tout le monde est partant et se montre débrouillard pour donner un jour ou deux à la collectivité. Mais au fil du temps, les stocks de vacances diminuent, les employeurs ont des impératifs, les pompiers ont aussi leur vie privée.» Le recrutement est donc important pour disposer des forces en suffisance, et parfois pallier le départ de certains qui décident de ne plus continuer.

D'ailleurs, si vous êtes intéressés, notez que la prochaine journée de recrutement et d’information à Crans-Montana aura lieu le 7 novembre 2024 à 19 heures au CSI à la Maison du feu (inscription: csi@cransmontana.ch


Les enfants sont toujours intéressés

Faire connaître les missions des sapeurs-pompiers passe, notamment, par les jeunes. Les enfants sont toujours impatients de monter dans la nacelle du «Bronto» qui les élève à 38 mètres du sol, lors de chaque Téléthon par exemple. «Et nous recevons beaucoup de classes, se réjouit le commandant David Vocat. Bien sûr, ce sont nos véhicules qui tiennent la vedette, et si beaucoup d’écoliers se rêvent pompiers, la route est encore longue pour eux. Mais pour les plus grands, il y a la possibilité - et c’est une aventure passionnante - de suivre les formations des Jeunes Sapeurs-Pompiers (JSP). C’est un premier engagement auquel nous tenons énormément.»


Des hommes, des femmes aussi

Douze femmes font partie du CSI de Crans-Montana. «Elles font un job fantastique, souligne David Vocat. Comme commandant, j’ai une chance énorme de les avoir dans l’équipe!» Le week-end des 13 et 14 juillet, le service de piquet était assuré par cinq d’entre elles, réunissant toutes les compétences nécessaires: chauffeur, protection respiratoire, aide à l’engagement, détachement intervention héliportée, expérience, etc. Parmi ces cinq femmes de piquet ce jour-là, deux sont premiers-lieutenants, deux autres officiers et la troisième est sapeuse. 

Aucune alarme n’a retenti entre le vendredi soir et le lundi matin, elles ont pu prendre le temps d’aller à la rencontre de la population, notamment des enfants.